Les consommateurs sont-il en danger ?

Face aux scandales sanitaires à répétition existe-t-il encore le moyen d’exiger et obtenir la garantie d’une alimentation saine ?

La sécurité des consommateurs revient régulièrement sous les projecteurs. Malgré un arsenal réglementaire solide, chaque affaire met au jour des failles persistantes et fragilise un peu plus la confiance du public.
L’Europe impose pourtant un cadre strict : le « Paquet hygiène » encadre la traçabilité, l’hygiène et la responsabilité des professionnels. En France, le code rural, le code de la consommation et divers textes nationaux complètent cet édifice. En théorie, toute la chaîne de la production aux rayons des supermarchés est surveillée. Depuis 2023, la Direction générale de l’alimentation (DGAL), bras opérationnel du ministère de l’Agriculture, pilote cette sécurité sanitaire. Elle coordonne les inspections menées dans les entreprises agroalimentaires et les élevages par les Directions départementale de la protection des populations (DDPP) et la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF), et gère les alertes dès qu’un produit présente un risque, tels une contamination bactérienne ou chimique, une fraude, un défaut d’étiquetage.
Les signaux d’alerte peuvent venir des contrôles officiels, des consommateurs, des entreprises, de Santé publique France ou encore du système d’alerte européen pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF). Lorsqu’un problème est identifié, l’exploitant doit informer immédiatement les autorités, retirer les produits concernés et, si nécessaire, les rappeler. Les consommateurs sont alertés via RappelConso, des affiches en magasin ou des communiqués des marques. Parallèlement, la direction
générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) traque les pratiques commerciales trompeuses, notamment en matière d’étiquetage ou d’allégations, tandis que les Agences régionalse de la santé interviennent ponctuellement, notamment dans la restauration collective.

« Face aux géants de l’agroalimentaire, les associations de consommateurs et la CNL restent des points d’appui essentiel pour faire entendre leur voix et garantir une alimentation sûre. »

Le besoin de contre pouvoir face aux géants de l’Agroalimentaire

Pour 2026, l’État prévoit 839 millions d’euros pour la sécurité alimentaire, en baisse par rapport à 2024. Au total près de 6 000 inspecteurs assurent environ 100 000 contrôles par an dans les entreprises, 28 000 dans les élevages et plusieurs milliers sur l’usage des produits phytosanitaires.
À ces contrôles officiels s’ajoutent les autocontrôles effectués par les industriels eux‑mêmes. Mais ils ont leurs limites comme le montre les affaires Perrier ou Lactalis.
Dans ce paysage déjà fragilisé, la disparition de l’Institut national de la consommation (INC) ajoute une inquiétude majeure. Cet organisme public, qui combinait expertise indépendante, analyses techniques et capacité d’alerte notamment via 60 Millions de Consommateurs jouait un rôle essentiel de contre‑pouvoir. Sans cette voix experte, indépendante et accessible, la capacité collective à détecter, documenter et dénoncer les risques pour les consommateurs s’affaiblit.
Face aux géants de l’agroalimentaire, Les associations de consommateurs et la CNL restent des points d’appui essentiel pour faire entendre leur voix et garantir une alimentation sûre. Si leurs moyens restent limités comparés à ceux des industriels, elles incarnent la voix des citoyens et portent leurs préoccupations légitimes, contribuant à protéger le droit fondamental à une alimentation saine et accessible à tous.
● Philippe Teste

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