La CNL dénonce l’abandon d’un service public qui défend de manière indépendante le consommateur depuis cinquante ans.
Dans un monde saturé de fausses promesses, d’algorithmes manipulateurs, de contrats illisibles et de greenwashing à outrance, l’Institut national de la consommation (INC) fait figure de rempart. Son magazine, ses émissions Consomag, ses ressources pédagogiques sont autant d’outils précieux, accessibles à tous·tes, sans publicité, et portés par une éthique de service public. Pourtant au nom d’une logique budgétaire implacable, l’État entend liquider cet outil.
Une décision d’autant plus cynique que l’INC ne dépend qu’à hauteur de 2,48 millions d’euros de fonds publics, sur un budget total de 11,6 millions. Autrement dit : l’État lui tourne le dos, alors que les deux tiers de son financement reposent sur ses propres recettes. L’indépendance a un prix et manifestement, Bercy refuse de l’assumer. C’est par une formule sèche et bureaucratique, que la ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a signé l’arrêt de mort de l’INC : « ses missions sont échues ». Cette phrase lancée sans nuance le 15 mai 2025 devant une commission sénatoriale, a balayé en quelques mots plus de cinquante ans de service public au service des consommateur·ices.
La CNL conteste cette décision. Elle s’indigne d’un tel démantèlement. De quelles missions « échues » parle-t-on ? De l’information indépendante fournie par 60 Millions de consommateur·ices, des conseils juridiques délivrés aux usager·eres, du soutien aux bénévoles des associations, ou encore des tests produits qui ont permis d’alerter sur des substances toxiques, des pratiques commerciales douteuses, des contrats opaques ? En vérité, l’INC n’a jamais été aussi indispensable.
Pour l’Etat la protection des consommateur·trice·s est devenu un luxe. En le supprimant, on piétine les droits des consommateur·ices, on abandonne les plus fragiles à la jungle du marché, on fait taire une voix critique, rigoureuse, utile à tous·tes. On met aussi en danger des dizaines de salariés — journalistes, juristes, ingénieurs — qui se battent depuis des années pour maintenir à flot une structure minée par le désengagement de l’État.
Alors que des scandales éclatent sur l’eau minérale, les polluants éternels ou les arnaques numériques, l’INC demeure l’un des rares espaces d’expertise libre et exigeante. Sa suppression, c’est une violence symbolique autant que sociale. C’est envoyer un message glaçant : la protection des consommateur·ices n’est plus une priorité.
La CNL appelle à un sursaut. Le plan de transformation adopté à l’unanimité par le conseil d’administration de l’INC existe. Il n’est pas trop tard pour stopper la casse. Il est temps, au contraire, de renforcer ce service public. Car non, madame de Montchalin, les missions de l’INC ne sont pas « échues ». Elles sont vitales.


