L’association des locataires HLM en Cotentin a largement communiqué sur ces centaines de milliers d’euros arrachés. Nous avons voulu en savoir plus et contacté Bruno Delmazure, président de la fédération de la Manche pour qu’il dise comment il s’y est pris.
« Depuis l’individualisation du chauffage sur le réseau de chaleur des Charbons, j’ai commencé à suivre de près mes factures, maintenant détaillées en consommation individuelle, consommation collective et frais d’exploitation. Très vite, j’ai remarqué que quelque chose n’allait pas : malgré une consommation modeste, mes factures grimpaient régulièrement. Entre 2018 et 2023, les augmentations oscillent généralement entre 4 et 7 %, mais la facture de 2023, reçue avec un an de retard, affichait une hausse hallucinante de 30 %. J’étais convaincu qu’il y avait un problème et j’ai décidé d’agir.
En contact avec le maire adjoint communiste au logement et les services municipaux, nous avons examiné toutes les factures de l’exploitant IDEX. Nous avons découvert que des travaux d’extension du réseau, notamment pour raccorder l’hôpital, avaient fait gonfler les coûts, et que la loi de 2018 faisait porter l’intégralité de ces dépenses sur les locataires. Les frais d’exploitation, représentant une part majoritaire de la facture, n’avaient pas été correctement calculés. Grâce à la vigilance de la mairie et au conseil de surveillance, nous avons identifié des erreurs de facturation et obtenu un remboursement de 132 000 € aux bailleurs.
Mais le plus frustrant était que la hausse de 30 % sur l’énergie en 2023 restait inexpliquée. Quand la facture 2024 est arrivée en mai 2025, la situation s’est répétée : 30 % d’augmentation et 137 000 € d’erreurs sur les quatre premiers mois. J’ai alors insisté auprès de la municipalité pour que l’exploitant corrige ses calculs, et cette pressiona finalement payé. Cette expérience m’a appris que suivre mes factures, comprendre le système et m’appuyer sur les instances municipales pouvait vraiment faire la différence. À force de persévérance, nous avons obtenu une correction significative et la reconnaissance que les locataires ne peuvent pas être les seuls à porter le coût des dysfonctionnements du réseau. »
Propos recueillis par Marie-Pierre Vieu


