Face à la hausse continue des prix de l’énergie, les locataires du parc social subissent des hivers de plus en plus difficiles. Logements mal isolés, réseaux de chauffage vieillissants, factures qui s’envolent : la précarité énergétique devient une réalité quotidienne pour des millions de ménages. Un enjeu majeur pour le droit à un logement digne, que la CNL porte depuis des années.
Selon l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), environ 3,1 millions de ménages étaient en situation de précarité énergétique en 2023, soit 10,1 % des foyers français incapables de chauffer correctement leur logement ou contraints de consacrer une part trop importante de leurs revenus aux dépenses d’énergie. Les premières données consolidées publiées en 2024 confirment une tendance stable mais élevée, autour de 3,1 à 3,3 millions de ménages concernés, sans que l’ONPE n’ait encore publié d’estimation complète pour 2025. Dans le parc social, souvent présenté comme plus performant que le parc privé, la situation se dégrade pourtant : chaudières collectives vieillissantes, hausses de charges, pannes à répétition, et retards dans les rénovations thermiques accentuent les difficultés. Pour de nombreuses familles, l’hiver s’anticipe désormais avec angoisse.
DES CHARGES QUI EXPLOSENT, DES LOGEMENTS QUI FATIGUENT
Entre 2023 et 2024, plusieurs réseaux de chaleur urbains ont augmenté leurs tarifs de 15 à 30 % selon les données compilées par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Pour les locataires chauffés collectivement, cette hausse se traduit par des provisions de charges revues à la hausse, (parfois très brutalement) ; des régularisations lourdes, impossibles à absorber pour les ménages modestes ; et des choix contraints : baisser le chauffage, limiter l’usage de l’eau chaude, acheter des radiateurs d’appoint pourtant très énergivores. Dans de nombreux quartiers populaires, les locataires doivent composer avec des immeubles mal isolés, hérités des années 19601970, où les pertes de chaleur sont importantes. L’ADEME estime que 7 millions de logements restent des passoires thermiques en France. Si le parc social est globalement moins énergivore que le parc privé, l’Union sociale pour l’habitat alerte depuis plusieurs années : la rénovation thermique demande des investissements massifs, et les bailleurs ne peuvent plus absorber seuls la hausse des coûts de l’énergie.
DES VIES ABÎMÉES PAR LE FROID ET LES PANNES
Dans certaines résidences HLM, les réseaux de chauffage sont si vétustes que les coupures se multiplient. À cela s’ajoute parfois un état dégradé des parties communes et des ascenseurs, créant un quotidien plus difficile encore pour les habitant.es. Pour la CNL, la précarité énergétique n’est pas une fatalité mais le résultat direct de politiques publiques insuffisantes. Un plan massif de rénovation thermique, financé par l’État, est indispensable pour résorber les passoires thermiques dans le parc social comme dans le parc privé. La CNL plaide pour la création d’un véritable service public de l’énergie, capable de garantir des tarifs accessibles, transparents et gérés démocratiquement. Enfin, elle réaffirme son appel à la mise en place d’une Sécurité sociale du logement, intégrant un volet dédié à l’énergie pour sécuriser durablement l’accès à un logement décent et chauffé dignement pour toutes et tous.
Léa Rivière, Logement et familles décembre 2025


