Remise de la légion d’honneur à Eddie Jacquemart

Les militants du logement social mis à l’honneur !

Remise de la Légion d’honneur à Eddie Jacquemart président de la Confédération Nationale du Logement par Emmanuelle Cosse ancienne ministre du Logement et présidente de l’USH vendredi 30 janvier à la Mairie de Montreuil.



Discours d’Eddie Jacquemart, President de la CNL

Merci, madame la Présidente.
 Merci, Emmanuelle Cosse.

Je tenais à ta présence aujourd’hui et au fait que tu mes remette cette médaille, car ce moment scelle une unité symbolique certes, mais tellement importante dans l’actualité du logement : celle des bailleurs et des locataires. Celle de la défense du modèle du logement social et public.


Merci à la maire de Montreuil de nous accueillir.
Merci aux élus et parlementaires présents.
Merci à Roger Vicot, député du Nord qui en me proposant pour cette distinction a voulu rendre hommage au mouvement locataire.
Merci aux militantes et militants présents. Ils sont l’essentiel, celles et ceux qui permettent à notre société de tenir encore debout, des passeurs d’humanité, des fabricants d’espoir.


Recevoir la Légion d’honneur ici, devant vous, constitue un moment à la fois impressionnant et émouvant. Cette distinction qui m’est faite, je la vis comme la reconnaissance de l’engagement quotidien, dans les cages d’escalier, les amicales, les quartiers, des femmes et hommes qui font la Confédération nationale du logement. Leur combat pour le droit au logement, pour le pouvoir d’achat, est avant tout un combat pour la dignité humaine. Et il y en a terriblement besoin aujourd’hui.

Merci encore à vous tous.

Quand j’y pense, tout a commencé pour moi très simplement : une porte de parking coincée, un appel à l’aide pour trouver des solutions, la création de l’amicale de l’immeuble et une prise de contact avec la fédération CNL du Nord … C’est souvent ainsi que naît l’engagement. Un problème concret, presque banal, et puis, peu à peu, on comprend que derrière un problème de garage, il y a les charges, le chauffage, le loyer, et au fond, une certaine idée de la justice sociale.
Dans la mobilisation locataire, ce sont souvent des femmes qui sont en première ligne. Elles sont d’ailleurs à l’origine de la CNL. C’était en 1916, il y a plus d’un siècle, en pleine 1er guerre mondiale. Alors que les hommes étaient au front, elles se sont retrouvées seules pour préserver les familles et assurer l’économie du pays. Quand les loyers ont explosé, elles ont décidé de s’unir pour exiger du gouvernement de l’application du moratoire sur les loyers. Depuis, elles tiennent souvent les amicales, ne craignent pas de revendiquer, de discuter fermement et d’aller à la confrontation avec le bailleur quand il le faut. Elles sont les véritables gardiennes du pouvoir d’achat, les garantes du foyer : des repères quand tout s’effondre.


L’une des premières de ces militantes locataires que j’ai côtoyées est Maguy Cachia. Maguy habitait au quatrième étage, moi au premier. Une dame avec beaucoup d’allure. Quand je passais la voir à l’heure du déjeuner, elle avait passé sa matinée à appeler, à répondre, à défendre les locataires. Sa table de salle à manger était couverte de dossiers, de courriers, de notes. Il restait à peine un coin pour manger. C’était ça, Maguy : une grande dame, entière, déterminée, infatigable, qui m’a familiarisée avec l’action militante, la vie des amicales, et leurs activités. C’est ainsi que j’ai découvert « Délivrance », l’amicale cheminote : Luce, Jean Pierre Staelens.
Je veux également associer à cette cérémonie Jacky Tiset. J’aime dire qu’il est mon père spirituel à la CNL. Il m’a transmis le goût du combat et le sens des responsabilités. Il m’a fait confiance, d’abord dans la fédération du Nord, puis sur le plan national, en me permettant de travailler sur les questions européennes. Lui, l’enseignant, m’a aussi fait partager son immense culture militante.
Comme Serge Incerti Formentini, qui m’a précédé à la présidence de la CNL. Lui aussi, engagé très tôt dans le combat social et locataire, a su m’aider, me transmettre ses réflexions, son savoir-faire. Cet effort de transmission est une richesse immense dans notre organisation.
Arrivant en Île-de-France, je vois encore mon ami Michel Mittenaere me reprendre sur les mots, me faire mesurer l’importance des termes, du ton que nous employons.


Enfin je voudrais saluer Catherine, Jocelyne, Hervé et Oualid avec lesquels nous nous retrouvons tous les mercredis en secrétariat ; qui ne lésinent ni sur le temps sur l’énergie qu’ils donnent à la lutte locataire.


Avec la CNL, j’ai trouvé une famille militante. Et comme dans toute famille, on s’accorde, on se désaccorde, on s’engueule souvent, mais on ne lâche jamais.
Si je suis là aujourd’hui, c’est grâce à cette chaîne militante.
J’ai grandi dans une famille ouvrière à Dunkerque. Mon père était docker. Ma mère a exercé plusieurs métiers, dont commerçante femme de chambre et femme de ménage. Quand elle a dû quitter le foyer familial avec mes sœurs et moi, après des années difficiles, le logement HLM a constitué pour nous un basculement décisif. La meilleure des protections mais aussi une ouverture sur les autres et sur le monde. Grâce au logement social nous avons fait société, et puis c’était la première fois que j’avais une chambre à moi où je pouvais enfin bien apprendre. Le chauffage. La sécurité.
Cette mère que je viens d’évoquer a été un pilier de vie. Je la vois encore partir travailler avec 39 de fièvre, par un froid glacial, parce qu’aux Nouvelles Galeries, manquer un jour en décembre signifiait perdre sa prime. Elle tenait la maison. Elle nous élevait seule. Jamais elle ne baissait pas les bras. C’est elle très tôt qui m’a donné le sens de la lutte sociale. Je la revois « tenir » ^pendant 3 semaines la grève aux Nouvelles Galeries : « pour elle, disait-elle, mais aussi pour celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’y arriver seuls. »

A ma mère qui n’est plus là, à mes sœurs, je voudrais vous dire combien je vous suis redevable.

(Marquer un temps de respiration. On attaque la partie politique)
Recevoir aujourd’hui cette distinction me permet de rappeler une responsabilité. Car nous traversons une période troublée pour le logement social et pour notre pacte républicain.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Près de trois millions de ménages attendent aujourd’hui un logement social. Faisons un bref calcul : pour répondre à cette urgence en une seule législature, il faudrait construire près de 580 000 logements par an et sur 5 ans, le temps d’une mandature. Et cela sans intégrer les nouvelles demandes…
Ce refus persistant de prendre la mesure de la crise fragilise notre société, nourrit la précarité et alimente la colère populaire, notamment dans les quartiers populaires. Après dix années de Macronie, le seul ruissellement que l’on observe dans ces quartiers est celui de la pauvreté, de l’isolement et de la colère.
On parle beaucoup ces derniers jours de l’Amérique de Trump. Mais la France de ce début 2026, c’est celle de milliers d’enfants qui dorment à la rue, de familles monoparentales, de retraités, de personnes âgées contraintes de choisir entre se chauffer et se nourrir. C’est celle de 24 000 expulsions prononcées, des salariés pauvres. La violence sociale s’installe, et elle est insupportable.
Cette situation est cependant le résultat de choix politiques assumés, d’un désengagement méthodique de l’État, de la volonté d’en finir avec le logement social et public et de marchandiser le secteur.


Les organismes HLM, qui constituent un pan déterminant de la solidarité nationale, ont été asphyxiés dans leurs missions. La réduction de loyer de solidarité a amputé leurs ressources de plus de 13 milliards d’euros en dix ans, et malgré quelques bouffées d’oxygène budgétaires, leurs capacités de construction et de rénovation sont durablement entamées.


Le budget 2026, adopté par le recours au 49.3, confirme ces orientations. Pire encore, il consent de nouveaux avantages aux propriétaires privés et dessine une politique plus profondément injuste.
Sous la pression de l’extrême droite, le discours gouvernemental en matière de logement social et de solidarité se durcit, et les mesures adoptées discriminent ouvertement la France populaire, que ce soit à travers des dispositions facilitant les expulsions locatives ou par la remise en cause de la loi SRU et de la mixité sociale à l’échelle communale.


Il y a quelques jours, le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, en proposant d’intégrer les établissements pénitentiaires dans le décompte des logements sociaux, s’est livré à une provocation verbale qui en dit long sur la vision de la société de nos gouvernants. Assimiler la vie en HLM à une relégation, c’est traiter les locataires comme des citoyens de seconde zone. C’est organiser la rupture d’égalité plutôt que de faire respecter la loi.


Là où l’État devrait protéger, désormais il choisit de sanctionner. Il substitue l’arbitraire au droit, la peur à la stabilité, la concurrence des pauvres à la solidarité. Ce faisant, il ne combat ni la crise du logement, ni la crise sociale ou environnementale : il légifère contre celles et ceux qui les subissent.
Je ne développerai pas davantage ce tableau sinistre qui, nous le savons, ouvre le chemin à la régression politique et démocratique. Vous le savez, la CNL a aussi dans son ADN la lutte contre l’extrême droite.
Permettez-moi simplement de vous dire que notre responsabilité collective est immense et que cette année 2026 doit être celle de la mobilisation dans l’unité la plus large.
Continuer à défendre un logement social fort, public, accessible ; continuer à agir dans les quartiers ; continuer à faire vivre la vie associative et l’éducation populaire : c’est l’un des plus beaux combats et cette année, la tenue des élections des locataires sera un temps fort pour faire avancer la démocratie locative
Continuer à regarder devant nous et à porter des solutions ambitieuses, jusqu’à une Sécurité sociale du logement, est la plus belle des dynamiques.
Cette médaille n’est pas un aboutissement. Elle est un encouragement.
Un encouragement à continuer ensemble.
Avec détermination.
 Avec fidélité.
 Avec exigence.
Bonne année à toutes et tous.


Je vous remercie.

Discours d’Emmanuel Cosse

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