Les familles monoparentales, très majoritairement portées par des femmes, concentrent aujourd’hui les inégalités les plus fortes. À la précarité économique s’ajoute une double discrimination, en tant que femmes et mères isolées, notamment dans l’accès au logement. Une réalité qui impose d’en faire une priorité des politiques publiques.
En France, près d’un quart des familles avec enfants sont monoparentales, et dans plus de 80 % des cas, il s’agit de femmes seules. Cette réalité n’est pas neutre : elle révèle une inégalité structurelle entre les femmes et les hommes face aux charges familiales et aux conditions d’existence.
En 2023, 34,3 % des familles monoparentales vivaient sous le seuil de pauvreté, contre environ 14 % pour l’ensemble de la population (Insee). La dépendance à un seul revenu, souvent plus faible en raison des inégalités salariales persistantes, fragilise durablement ces ménages.
À cela s’ajoute une insertion professionnelle plus difficile : emplois précaires, temps partiel subi, carrières hachées. Être femme et mère seule revient à cumuler les obstacles dans l’accès à un emploi stable et correctement rémunéré.
LE LOGEMENT, UNE DISCRIMINATION RENFORCÉE
Cette fragilité se double d’un accès au logement particulièrement difficile. Sur le marché privé, les mères seules sont souvent perçues comme des profils « à risque » par les bailleurs, en raison de revenus jugés insuffisants ou instables. Une discrimination indirecte mais bien réelle.
En conséquence, une demande de logement social sur quatre émane d’une famille monoparentale, signe d’une impossibilité croissante à se loger di- gnement dans le parc privé.
Mais, on le sait, dans le logement social, l’attente dure plusieurs années.
Pendant ce temps, ces familles subissent des loyers trop élevés, des logements inadaptés, voire l’instabilité
résidentielle.
Dans les situations de sur-occupation ou de logements trop petits, ces conditions de vie ont aussi des conséquences directes sur les enfants : difficultés de concentration, manque d’espace pour faire les devoirs, troubles du sommeil. Autant de facteurs qui peuvent nuire aux apprentissages et accentuer les inégaités scolaires.
TRAVAIL ET SANTÉ : UN QUOTIDIEN SOUS PRESSION
Le lien entre logement et travail est central. L’éloignement du lieu d’emploi, les coûts de transport, ou encore l’inadaptation des horaires aggravent les difficultés professionnelles. Sans solution de garde suffisante, beaucoup de mères seules doivent accepter des emplois contraints ou renoncer à certaines opportunités.
Cette situation génère un épuisement constant, une charge mentale élevée et des risques accrus pour la santé.
Selon plusieurs études, les familles monoparentales sont davantage ex- posées aux troubles psychiques liés au stress et à la précarité.
Garantir un accès prioritaire à un logement stable et abordable, lutter contre les discriminations, sécuriser les parcours professionnels et renforcer les services publics de la petite enfance sont des leviers essentiels. C’est précisément le sens de la Sécurité sociale du logement, portée par la CNL : un système universel de garantie permettant de sécuriser les parcours résidentiels, de prévenir les expulsions et de rendre effectif le droit au logement pour toutes et tous. Elle offrirait une protection concrète aux familles monoparentales.
Parce qu’elles cumulent les fragilités, les mères seules doivent être au cœur des politiques publiques. Leur garantir
des conditions de vie dignes, c’est aussi protéger les enfants et faire pro- gresser l’égalité réelle.
● Léa Rivière Logement et Famille avril 2026


