Devant le ministère du Logement, la CNL érige un mur de revendications et interpelle le gouvernement

Des cartons, des slogans, des témoignages et une même exigence : faire du logement un droit effectif pour toutes et tous. Jeudi 12 juin, des militant·e·s de la CNL, des locataires, d’élu·e·s locaux et nationaux se sont rassemblés devant le ministère du Logement pour participer aux « États généraux du logement ».

Point d’orgue de cette initiative : la construction d’un mur de revendications sur lequel les participant·e·s ont inscrit leurs attentes et leurs propositions face à une crise du logement qui frappe durement les ménages populaires.

Construction de logements sociaux, respect de la loi SRU, encadrement des loyers, rénovation énergétique, lutte contre les marchands de sommeil et défense des droits des locataires : autant de revendications adressées directement au gouvernement.

« Le logement n’est plus une priorité de l’État »

Premier à prendre la parole, Eddie Jacquemart, président de la CNL, a dressé un constat sévère de la politique menée par l’exécutif.

Selon lui, alors que des milliards d’euros sont trouvés pour répondre aux exigences budgétaires, le logement est devenu le grand oublié des politiques publiques. Il a dénoncé le prélèvement de 10 milliards d’euros supplémentaires annoncé par Emmanuel Macron alors que le pays traverse une crise historique du logement.

Le président de la CNL a également pointé du doigt les communes qui continuent d’enfreindre la loi SRU sans subir de véritables sanctions, alors même que des millions de personnes peinent à accéder à un logement abordable.

Autre sujet d’inquiétude : le retour sur le marché de centaines de milliers de logements qualifiés de « bouilloires thermiques », la remise en cause du permis de louer et les projets de réforme des rapports locatifs qui pourraient fragiliser davantage les locataires.

« La CNL n’a toujours pas été reçue par le ministre du Logement », a regretté Eddie Jacquemart, dénonçant une absence de dialogue avec la principale organisation représentative des locataires.

Pour lui, les politiques actuelles contribuent à opposer les citoyens entre eux plutôt qu’à s’attaquer aux véritables responsables de la crise.

Dans les Hauts-de-Seine, la richesse n’empêche pas la pénurie

Laureen Genthon, élue des Hauts-de-Seine, a rappelé les paradoxes d’un département considéré comme le plus riche de France mais où l’accès au logement devient toujours plus difficile.

Elle a évoqué les situations de villes comme Neuilly-sur-Seine, Boulogne-Billancourt ou Marnes-la-Coquette, où la production de logements sociaux reste insuffisante alors que les besoins explosent.

Les délais d’attente s’allongent pour les demandeurs et les communes qui ont déjà dépassé 35 % de logements sociaux voient leurs financements se réduire, compromettant la poursuite des efforts engagés.

« Construire, pas vendre »

Maire-adjoint à Bagneux, Maxime Faure a rappelé le rôle essentiel des collectivités qui continuent de défendre le droit au logement malgré le désengagement de l’État.

Évoquant l’expérience de villes comme Bagneux ou Gennevilliers, il a défendu un modèle fondé sur la construction de logements sociaux, la maîtrise des loyers et des rénovations thermiques de qualité.

Pour l’élu, la vente du patrimoine social ne constitue pas une solution. Face à l’ampleur de la demande, il faut au contraire construire davantage et accompagner les habitants.

« Le logement est un droit, pas un produit »

Sofian Manseri, adjoint au maire de Gennevilliers, a rappelé que sa ville compte près de 68 % de logements sociaux et plus de 7 000 demandeurs en attente.

« Le logement est-il un droit ou un produit ? », a-t-il interrogé devant les manifestants.

L’élu a souligné le rôle déterminant du logement social dans le pouvoir d’achat des familles populaires. Selon lui, le logement social permet de contenir les loyers mais aussi les charges grâce aux rénovations énergétiques, aux réseaux de chaleur et aux politiques locales de transition écologique.

Il a dénoncé un « deal rompu » entre l’État et les citoyens, estimant que les locataires paient aujourd’hui les conséquences du désengagement public.

Thomas Porte dénonce la concentration de la propriété immobilière

Le député de Seine-Saint-Denis Thomas Porte a, lui aussi, dénoncé une politique qu’il juge favorable aux grands propriétaires plutôt qu’aux locataires.

Rappelant les difficultés rencontrées par les ménages populaires pour se loger, il a critiqué le manque d’ambition du gouvernement face à l’urgence sociale.

Il a également dénoncé le non-respect de la loi SRU dans de nombreuses communes et rappelé qu’une part importante du parc locatif privé est détenue par une minorité de multipropriétaires.

« Le logement n’est pas un produit financier », a-t-il insisté, appelant à remettre le droit au logement au cœur des politiques publiques.

Une mobilisation pour faire entendre la voix des locataires

À travers ce mur de revendications, la CNL a voulu rendre visibles les attentes des millions de locataires confrontés à la hausse des loyers, à la précarité énergétique et à la pénurie de logements accessibles. Sans investissements massifs dans le logement social, sans application stricte de la loi SRU et sans dialogue avec les organisations représentatives des locataires, la crise du logement continuera de s’aggraver.

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